Un gros coup derrière la nuque
Je n’arrivais plus à écrire….
Parce que j’ai pris un gros coup derrière la nuque.
Parce que ce n’est pas une “simple” défaite que celle du 22 mars mais un écroulement.
L’écroulement d’un mythe confortable qu’on se racontait, celui d’une ville qui tendrait les bras à la gauche parce que son cœur y battrait “naturellement” ou “historiquement”. Et qui, malgré les choix tactiques discutables à gauche et une campagne ignoble de la droite, allait “faire le bon choix”.
On se racontait de belles histoires: en 2020 plusieurs analystes parlaient d’une gentrification de moyen terme qui saurait être bénéfique à la gauche par augmentation mécanique des bobos de centre-ville, “comme à Bordeaux” gagné par Hurmic à la même époque. On se disait que Moudenc “avait fait le plein” avec ses 54 000 voix de 2020 en allant chercher tout ce qu’il pouvait dans son électorat (ce qui était en partie vrai), abusant des procurations et des taxis à domicile, que le COVID l’avait aidé fortement en lui permettant de continuer pendant presque 3 mois à faire campagne quand la liste Archipel Citoyen ne le pouvait plus. Qu’un espoir d’une autre ville était né en 2020 et resterait.
Tout cela reste en partie vrai. Mais là, les partis qui s’apparentent à la gauche doivent s’interroger en profondeur.
Une gifle: +34 000 voix entre les 2 tours
92 152 voix pour Jean-Luc Moudenc au second tour. +34000 voix !
Les 2 chiffres sonnent comme une paire de gifles.
Et, ce n’est pas Hugo Mola qui me contredira: quand on prend une branlée, on se remet profondément en question. Toutes et tous ensemble. En équipe.
Et ni les dénis de “c’est superbe 78 900 voix” (oui c’est bien mais faites les calculs, si on passe la parenthèse COVID, c’est 16% de voix de plus que Pierre Cohen en 2014 quand la population de Toulouse a augmenté de…. 14% dans le même temps), ni le pointage du doigt mutuel entre listes ou au sein des listes, ni les accusations (fondées) de campagne dégueulasse de Moudenc (dont l’épisode le plus atroce restera son instrumentalisation de la cérémonie d’hommages aux victimes de l’école Ozar Hatorah) n’aideront à franchir la barre
Car cette barre qui nous attend maintenant à Toulouse, c’est, en l’état actuel de la société toulousaine (voir plus bas ma première conclusion) et si on reste bassement électoraliste, celle du match parfait.
Celui qu’a fait le NFP avec 100 000 voix.
Sachons collectivement retenir ce chiffre et les conditions de ce score sur Toulouse à l’époque NFP: un adversaire inquiétant (Bardella premier ministre), pas de coup bas entre les listes de gauche (pour cause), une mobilisation militante qui dépassait les partis politiques, un taux de participation exceptionnel (70%) pour en tirer 2 conclusions:
– D’une part, la gauche perd (l’a t-elle jamais mené à Toulouse?) la mère des batailles, la bataille culturelle et sociale, celle de la compréhension des enjeux de classe et de la mobilisation de la population. Il faut donc reprendre fortement le chemin du terrain et de l’organisation collective des luttes. J’ai retrouvé ainsi un point de vue de Samuel Hayat de 2022 qui a sonné comme un rappel (peut-être dans Socialter mais pas sûr…): « La gauche est aujourd’hui obsédée par faire voter les gens pour elle, et ne se consacre pas à organiser des cadres qui puissent vraiment être des outils de puissance pour eux. Il s’agit d’abord de reconstituer un camp des dominés qui puisse utiliser l’organisation collective pour améliorer son quotidien et, ensuite, prendre le pouvoir par les urnes. Faire l’inverse est fondé, à mon sens, sur une conception inadéquate de ce qu’est le pouvoir, et risque de se heurter à de l’indifférence, ou de l’hostilité : si vous n’êtes intéressés que par nos votes et non par nos vies, c’est que vous êtes comme les autres. Vivre de la politique sans être adossé à des organisations de masse, c’est risquer de juste passer pour une partie de l’oligarchie qui essaie d’acquérir un peu de pouvoir”
– D’autre part, il faudra AUSSI faire le match parfait et il ne peut se faire que si nous le faisons unis et en sincérité sur nos erreurs passées
L’union en sincérité, est-ce possible? Est-ce réaliste?
Est-ce possible? J’y crois et je pense pouvoir dire qu’à Archipel Citoyen on y croit aussi.
En ce moment les retours d’expérience et analyses internes aux composantes politiques se multiplient à gauche. C’est sain que chaque parti ou chaque liste s’interroge. Mais c’est triste (même si compréhensible vu la défaite et le contexte merdique des présidentielles) que les forces en présence ne souhaitent pas faire analyse commune, je veux dire, vraiment commune.
Est-ce réaliste? Je ne sais pas car il est habituel que chaque “camp” se replie sur lui dans la défaite (et c’est là encore un des défauts des multiples candidatures concurrentes, en témoigne la séparation immédiate en 2 de l’opposition municipale quand en 2020 nous avions tenu à 14 éluEs pendant un an et demi, avant nous aussi de nous diviser).
Ce sont des mécanismes de défense ancrés, surtout en politique où ni le mea culpa ni l’expression de la vulnérabilité ne sont vraiment autorisés.
Mais je reste certain que, même si c’est douloureux, c’est en écoutant les ressentis et critiques mutuels, notamment entre les 2 listes de premier tour que nous pourrions apprendre collectivement.
Cela ne semble pas pouvoir arriver, en tous les cas pas dans la sincérité et l’ouverture (trop de parts de marché qu’on pense perdre pour les élections à venir, trop de gens en interne de chaque orga tapis dans l’ombre à attendre la critique pour enfoncer le clou, trop de peur que celui ou celle qui offre un cadre commun pour ça en retire de la légitimité … ) et c’est dommage.
Et le fond, la bataille culturelle?
Alors que faire face à la désillusion de celles et ceux qui se battent tous les jours contre le rouleau compresseur libéral et consumériste, et l’accommodement docile, quand ce n’est pas l’accompagnement, de l’extrême droite par l’exécutif toulousain ?
D’abord, avec celles et ceux qui le voudront, repartir sur le terrain, comprendre, faire de la sociologie. Qu’ont en tête les 34 000 personnes qui ont fait basculer l’élection? Que savent-elles, au-delà des déclarations “ah non LFI je peux pas” ou “ah non le PS c’est juste pas possible” de certaines, de la politique de Jean-Luc Moudenc? Que savent-elles des grands enjeux d’avenir de leur ville et de comment ils sont (ou pas) adressés ? Qu’est ce qui les préoccupent ? Qu’est ce qui les affectent dans leur quotidien parmi ce qui les préoccupent (écart CNews-real life)? Quel est leur rapport au travail, à la culture, au vivre ensemble?
Comprendre ce qui se meut chez les gens, avant de mettre en avant des principes reluisants ou un programme, de quelque qualité soit-il comme ceux que nous avons portés à gauche.
Et se poser les bonnes questions: que dit-on réellement aux salariéEs liéEs à l’aéronautique (1 sur 2 dans notre ville) qui sont attiréEs par la sirène moudencienne du « pro-aéro » alors qu’en fait ce dernier n’appuie en rien le secteur concrètement voire prépare un effet boomerang à ses salariéEs par la dégradation progressive des conditions de logement et transports (et ça le MEDEF l’a bien compris …)?
Et défendre celles et ceux qui subissent déjà et vont subir avec encore moins de retenue qu’avant la politique d’austérité et de casse des services publics de Jean-Luc Moudenc, l’accroissement des inégalités (ne pas se leurrer: dans une période où l’Etat pille les collectivités territoriales pour financer sa politique de cadeaux aux rentiers et aux grosses entreprises, la “maîtrise de la dépense publique” chère à Jean-Luc Moudenc n’est depuis longtemps plus de l’optimisation administrative et fonctionnelle mais la véritable dégradation des conditions de travail, la baisse du service rendu et les inégalités face aux besoins quotidiens), à commencer par les populations les plus discriminées.
Les aider dans leurs combats quotidiens. Comme nous l’avons fait à Archipel Citoyen entre 2020 et 2026 sur quelques causes. Ca paraît avoir peu d’impact de défendre ici une copropriété en cessation de paiement, là des locataires qui veulent juste voir leur ascenseur marcher, aider un collectif d’habitantEs à s’organiser face à une destruction d’immeubles (comme à Bellefontaine où nous avons soutenu les revendications au Tintoret), encore là un arbre menacé de disparition.
Mais c’est comme ça qu’on défend réellement les causes, qu’on construit une légitimité et qu’on crée de l’organisation collective. Et qu’on donne un espoir aux gens “Oui c’est possible de ne pas être broyés dans la machine libérale !”
Les vies avant les votes.
Puis patiemment construire une alternative. Pas une alternance, qui n’est que l’espoir mécanique d’un renversement de tendance de vote par « hold-up » électoral (toute ressemblance avec la présidentielle….). Mais une alternative, une autre manière de voir la construction de la cité, du vivre ensemble et de l’avenir. Un changement culturel, basé sur la réappropriation collective des enjeux politiques et l’émancipation.
Une alternative centrée sur la ville de Toulouse, sa Métropole et ses défis, tenant à l’écart les clivages nationaux.
Une alternative dans la manière de penser le rapport aux habitantes et habitants et leur laisser de la place pour reconstruire le lien entre citoyenNEs et institution politique: Grenoble, Nîmes, Saint-Denis, Villepinte, Mantes-la-Jolie, les maires nouvelle génération qui ont gagné (je recommande la lecture des portraits de Médiapart sur elles et eux) l’ont bien compris (ou en tous les cas ont compris la puissance de ce discours).
Coopérative, plate-forme, fédération, alliance, peu importe les mots, ce qui comptera c’est l’intention : pas de couverture à soi, pas de “paternité”, pas de “figures”. Et une gouvernance ouverte et collaborative.
Se dépasser chacun pour s’unir et briser le nouveau plafond de verre qui vient de s’installer ou plutôt je dirais se matérialiser. Nommons le encore: 92152 !
Surtout pas en une semaine d’entre deux tours où l’incohérence et l’incongruité d’être partis séparés localement fait se délecter la droite.
Pas 1 an avant les élections où les couteaux et les egos sont déjà bien trop aiguisés.
Peut-être pas dès aujourd’hui tant les querelles fratricides des présidentielles et législatives semblent trop avancées et occupent trop l’espace pour espérer se réunir rapidement (et encore tentons !)
En tous les cas il va nous falloir beaucoup d’humilité et d’élan.
Les victoires futures aux municipales de Toulouse passent par là















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