L’urbanisme, une passion du mandat
Je n’ai pas écrit sur mon blog depuis longtemps avec la densité de la campagne mais aujourd’hui une conférence inspirante m’a donné envie de reprendre la plume: la fabrique de la ville.
Depuis 5 ans de mandat dans la minorité, je travaille beaucoup de sujets.
Le côté « bon élève » et « ingénieur » surement mais il m’est difficile de voter en conseil municipal ou métropolitain (même si mon vote n’a jamais servi à rien tant la démocratie est vidée de son sens dans ces conseils mais c’est une autre histoire) sans maitriser un minimum les sujets.
Mais il en est un qui m’apprend tous les jours l’humilité, me rappelle le sens du mot complexité et attise sans cesse ma curiosité : l’urbanisme.
Je m’y investis de plus en plus et y trouve une grande satisfaction intellectuelle (et dans 2 mois grâce à la victoire de la gauche, j’espère enfin en faire une responsabilité ).
Et la conférence de samedi dernier, à laquelle nous étions présentEs en nombre pour la liste Vivre Mieux Toulouse (pas moins de 7 candidatEs de la liste !) organisée par le GREP-mp avec Marie-Christine Jaillet, géographe, Directrice de Recherche au CNRS et Présidente du CODEV (Conseil de Développement) de Toulouse Métropole, en invitée, était un superbe moment d’inspiration sur l’urbanisme.
Je ne vais pas la résumer mais je voudrais ici souligner 4 aspects majeurs qui me plaisent dans les interventions de Marie-Christine et qui résonnent fort dans ce que Archipel Citoyen porte (dans notre conférence « Mon histoire ou le béton c’est qui le patron » de 2024 par exemple -> https://www.archipelcitoyen.org/…/mon-histoire-ou-le…/ ) dont j’ai repris l’image d’illustration :
La plaidoyer pour la ville: revenir à l’essence bénéfique de la Cité
Citant Weber (“L air de la ville rend libre”), Marie-Christine rappelle que la ville reste recherchée par l’humain en tant que creuset de l’émancipation de la pression de la communauté (anonymat recherché), de la confrontation à l’altérité et donc qu’elle est un lieu de naissance et puissance de la démocratie en tant qu’agora urbaine. Nulle part ailleurs un lieu ou une institution n’offre autant d’opportunités et de besoins de débat, conflit et résolution collective. Et je crois que c’est ce qui me rend si attaché à la politique municipale et métropolitaine: au delà de mon élan initial dû au fait la ville est LE niveau où les leviers de la transition écologique résident, je pense qu’avec le temps et le mandat j’ai réalisé que la ville était l’étage institutionnel qui a le plus besoin de puissance démocratique. Et la plus grande capacité et agilité à préparer l’avenir. Bref, je reste à Archipel Citoyen ![]()
La Métropole, une hydre qui fait peur
Marie-Christine est diplômée de géographie initialement mais elle-même le dit sans son introduction, c’est comme sociologue aussi qu’elle parle beaucoup de ville et donc qu’elle essaie de décortiquer les mécanismes à l’œuvre avec méfiance pour le prêt-à-penser qui devient parfois même rare chez les chercheuses et surtout chercheurs
Et c’est ce qui l’amène à porter ce double regard sur le phénomène métropolitain: oui la concentration des populations, des richesses et des pouvoirs continue d’avancer inexorablement dans les Métropoles aboutissant même à un discours de « métropole bashing » qui opposerait des villes riches à des territoires périphériques supposés abandonnés.
Mais elle rappelle que cette fracture territoriale n’est pas toujours une réalité : la grande pauvreté est souvent concentrée dans les grandes villes, tandis que certaines petites villes parviennent à bien tirer leur épingle du jeu. De plus les crises ont mis en évidence une fragilisation de l’habitabilité urbaine (pollution, problèmes de santé, congestion) et la COVID nous a montré que de nouveaux choix résidentiels émergent (s’installer dans une petite ville bien connectée à une grande métropole par le train, notamment grâce au développement du réseau RER/TER, tout en recourant au télétravail). Ainsi si l’essor des Métropoles semble inéluctable, il nous faut avant tout penser une nécessaire nouvelle forme de coopération entre territoires en sortant de la concurrence entre eux.
Et l’humain dans tout ça ?
Ce sont les humains qui font la ville, pas l’urbanisme: c’est pour moi le regard de la sociologue qui est le plus précieux : on ne change pas le regard des gens sur des lieux par des aménagements! 60 ans de prosélytisme en faveur du « pavillon avec petit jardin pour les enfants » ne se défont pas avec un « joli square ombragé avec aire de jeux en pied d’immeuble ».
De même freiner la ghettoïsation et déconstruire l’image d’un quartier populaire comme celui du Mirail est une tâche immense.
Et pourtant ! Grands appartements traversants à 1300 euros le m2 (attention: le bâti souffre d’un manque d’entretien de longue date et les problèmes de chauffage ou ascenseurs sont bcp trop nombreux mais le potentiel de qualité de vie est réel), métro, maison de santé, parcs arborés, lac, commerces moins chers, quels quartiers proposent autant de services que ceux du Mirail, même si la majorité s’évertue depuis 2014 à refuser les mêmes droits qu’au centre ville à sa population (nettoyage de l’espace public réduit, présence de la police municipale rare, etc…) ? Quels quartiers présentent déjà autant de caractéristiques de bâti (à réhabiliter et pas à détruire!) et densité du futur?
Bien entendu la question du deal et des difficultés scolaires (liées aux stratégies de contournement qui vont avec) ne peuvent être niées. Mais elles sont présentes à plein d’endroits également et ne se règlent pas à coup de bulldozer.
Car ce qui freine la convivencia de Toulouse et la cohabitation de différentes catégories sociales à un endroit (du « ghetto » Mirail comme de l’endroit le plus ségrégé de Toulouse, le « club social »… de la Côte Pavée, quartier le moins ‘mixte » de Toulouse et que Moudenc compte bien continuer de sanctuariser d’ailleurs malgré le métro) c’est d’abord la représentation.
La représentation que se fait l’ »autre » d’abord: un CV avec le code postal 31100 ? mis de côté. Une balade à vélo autour du lac de la Reynerie ? Jamais de la vie (et pourtant je vous le conseille). Le cinéma ABC déménagé temporairement place Abbal au début des années 2000? personne n’y allait plus…
Mais aussi la représentation que les quartiers se font d’eux-mêmes. A force de discours stigmatisants, de discriminations, d’adjoints aux maires qui parlent de « changer les têtes », l’auto-dénigrement se met en place, aussi insidieux que la dégradation de la qualité de vie. Et on veut partir… (Question: la rue Pasteur, quartier St Michel a subi pendant presque 2 ans la loi des dealers? Combien d’habitantEs en sont partis?)Ainsi le Mirail devient zone de transit social (Marie-Christine parle de zone « sas »). Et comment changer?
D’abord en parlant et considérant tous les quartiers de la même manière: même discours, mêmes droits. La politique doit être celle du droit commun. Partout. Toujours. Propreté, emplois, commerces, patrouilles de police. 0 discrimination. Et un investissement a minima égalitaire (les travaux de Thomas Piketty montrent qu’unE habitantE de QPV touche moins d’argent public en moyenne. Et que dire à Toulouse où le maire a ce discours insidieux de mélanger services publics offerts avec les montants d’investissement dans la démolition/reconstruction d’habitations beaucoup plus chers pour dire « en moyenne on investit plus! »…. certes dans le béton et pas dans les gens!)
Puis en misant sur la démocratie locale et le FAIRE ENSEMBLE qui est le préalable au VIVRE ENSEMBLE: arrêter de penser pour les gens (projet de Cité de la danse actuelle place Abbal) mais co-construire avec les gens.
L’implantation d’un équipement à rayonnement métropolitain dans un quartier ne servira à rien si les gens du centre-ville prennent le métro pour y venir et repartir, accélérant le pas entre la sortie d’une chorégraphie bourgeoise et la bouche de métro. La clé est l’ancrage et la décision locale. Il faut repenser ce projet pour le quartier et avec le quartier avant tout.
Idem sur les évènements culturels, sportifs ou associatifs (rappelons-nous le Festival Racines à Reynerie, ou Ça bouge au Nord aux Izards,…), qui doivent mettre en valeur la richesse et la diversité des quartiers.
Ensuite en relançant le parcours résidentiel: tous les groupes sociaux fonctionnent par appariement électif, la question étant: les populations sont-elles dans nos quartiers assignées à résidence? C’est une question complexe avec avis divergents aussi je répondrais plutôt sous l’angle social: dans tous les cas oui, le renchérissement constant de l’habitat nécessite d’avoir une action forte sur le logement (thème de notre conférence de presse de cette semaine)
Enfin un élément clé: la place des femmes! C’est en écrivant la ville avec et pour elles que le vivre ensemble prendra son essor. Les mécanismes de solidarité et de responsabilité sont particulièrement forts chez les femmes donc seront inspirants.
Et par quel bout on le prend tout ça?
Elle en vient à la question centrale du récit et je finirai par la conclusion de cette conférence et de cette aparté sur la représentation : il faut proposer un récit, celui d’une ville désirable. L’urbanisme ne pourra forcer ce que les gens ne désirent pas.
Marie-Christine soulignait ainsi le foisonnement positif des initiatives citoyennes mais insistait sur les attentes citoyennes de justice sociale et d’un passage de la contrainte a l’adhésion dans la construction de la ville.
La ville du futur est déjà là, en grande partie d’ailleurs au Mirail qu’on s’obstine à détruire plutôt qu’à réenchanter.
Un défi culturel donc bien plus qu’un défi d’infrastructures.
C’est notre boussole avec Vivre Mieux Toulouse pour le prochain mandat: un changement de modèle de gouvernance et de relation aux toulousaines et toulousains. Pour imaginer et surtout faire ensemble la ville de demain.















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